Il faut faire semblant de
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Mesdames, messieurs, après des mois de requinquage, après avoir fait la peau des fesses à quelques plusieurs malabars dans un hangar, après avoir baisé Sharon Stone pour imiter les cratères de la lune, après avoir sucé tout le sang centre-sud de mon adorée psycho oh si schizo dans la paupière, après avoir produit un film porno avec bébé trauma pour aider Hollywood à payer ses bombes nucléaires, et après avoir dansé tout un après-midi sur du David Bowie avant de me faire capturer par des gens qui, je le croyais pour le dire maintenant, travaillaient pour le ciel ou quelque chose dans le genre, après des mois de saut dans le vide, je suis de retour avec un veston noir et un martini à la framboise.
La bande de mecs costumés étaient des salauds venus saluer mon bonheur avec des lunettes fashion et des coups de poing dans les reins, parce que cet endroit-là possède la viande la plus sensible du corps. Ils étaient de la Censure. Je ne pouvais que dalle dire quoi. Et même si je voulais déposer sur Vénus des poèmes écrits avec la sueur des ébats de 3 heures du matin, je devais me contenter de vivre sans le dire.
Je savais dire « jouir » mieux que quiconque, avec la manière des bassins qui roucoulent des odes à la toison enfer et boule de jus. Mais pendant des époques de noir et geai bleu très loin dans le ciel sexe, je devais me résoudre à vivre sans encre, tant et si bien que dix fois par heure je tentais le plus baroque suicide de tous les temps. Avec des couteaux, de la bile, des menstruations et toute la tribu des ordinaires tentatives de mettre fin à sa vie, je lovais des centaines de fois par jour le désir de ne plus posséder tout dans ma main, mes mains à la fois bourreaux de vivre ou crever, mes mains à la fois bourreux de faire jouir ou rester diadème sans pouvoir le chanter aux blanches aurores de saison.
Donc la Censure me surveillait. Je ne pouvais en aucun cas prendre une tasse de thé avec mon bébé à la langue venin, et écrire ensuite 400 pages comme dans un boudoir anglais et crème. Sur un lit rosace où je prends ton ombre, ton fantôme, maintenant je peux avoir la décence de chialer ta beauté rivière Outaouais.
Parce que, pendant mon temps de prison, je me suis mis à penser quelques fois par semaine. Chose parfaitement étrange, absolument féerie. Et je devenais de moins en moins fou. Car de plus en plus certain de venir à bout un jour du casse-tête 3D qui se jouait un thriller devant mes yeux avocats du diable. Et comme cela, après des mois, la Censure est venu me dire des ballades pour me rendre heureux comme au temps de la machine à écrire.
— Je suis venu, au nom de la plus grande structure hors des hommes, te dire que bientôt ton temps sera fini, en dedans, et tu pourras sortir dehors comme un écureuil satisfait de gambader sans savoir pourquoi.
— Les écureuils gambadent rapidement pour ne pas se frotter aux hommes.
Je me souvenais de la délicatesse infra-rouge qui se dissimulait dans les yeux de mon bébé destin blanc. Et je comprenais pas où la Censure voulait en venir, tellement que je me suis mis à écouter sans broncher, si épuisé et las de ne jamais renaître, et en pensées ligaments, je faisais avec mes contours ors et ombilics le plus dingue cunnilingus de toute une vie à mon bébé diablement en vie. Une envie de dire, de mettre à la machine, une envie pas possible de quitter pour au-delà colmater des trous noirs.
La Censure, par un automne pluvieux comme il en est rare, me botta le derrière de ses barreaux et avait déposé, entretemps, dans mes mains les chemins de ma vie, les possibles enjeux de toute une âme affreusement déjà : maganée de blues, rauque de lointaines épaves, et égoût de paradis vomi les soirs de joint.
Je suis revenu cet après-midi carbone, à dos de cheval comme un noir chevalier des âges de grande classe, à St-Rémi où la brousse se trouve autant dans les arbres que près de la vulve. La frousse de se perdre dans la forêt ou tout près de la vulve, tout près. Elle avait changé de peau comme une ange se transforme en sirène, et moi ma cervelle enclenchait la sirène incendie, car changement fusionne avec méconnu. Je ne savais plus comment dire, si bien que je me suis mis à garder silence.
Je suis en veston noir, et bois un martini à la framboise. Devant, du vent dans les cheveux Monroe de bébé, des cataclysmes hyppocampes, des persiennes que je défriche à chaque battement de coeur. Je joue du piano, reste muet, et suis incapable de dire.
Je prends une feuille ocre et suie, la dépose dans la machine, commence à saliver des yeux. Je salive des yeux, de partout.
Avec brio, je sens que je vais anéantir Tokyo avec mon rythme. Je suis le plus étourdissant jazzman de mon époque. Je suis né à la mauvaise époque. Je suis né tout court, à court de naissance.

