Tu jouis en croque-mort

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La ruelle expire des textures de basse-ville. Il fait si canicule que les vêtements sont la chose la plus stupide qui existe sur la terre. Ceci dit, si quelque chose existe réellement sur la terre. Je me sers une tequilla, sec. Je descends mon truc. Et je descends mon jeans. La femme à Jack Jones est sur mon divan de cuir. Elle se fourre les doigts dans la corolle, la folle. Je suis en bras de chemise, la lueur de la lune me tape dans le front, la femme est déshabillée comme une gamine sur une première cuite. Si elle baise comme elle agace, je suis dedans pour une vraie de jouissance miel. Mon Louisville Slugger me regarde donner des coups de bassin. Ce Louisville Slugger est sensa.

Je viens à peine de me taper la poulette de Jack Jones, non sans peine. La raclée à mort de Jack Jones va assurément venir me faire suer dans les minutes qui viennent. Je suis un as. Je gagne toujours au poker. Je finis ma besogne sur le canapé, cuir, rouge. Je me lève, la femme demeure comme excisée aux orgasmes multiples. Je suis vertement fier. Je suis installé comme je bande là sur un petit tabouret, près de la fenêtre. Je bouffe la vie qui passe dehors. Le vent est sec. Et je sue comme le bon Dieu.

Guitares électriques du paradis, des malabars me reluquent la nuque comme des eunuques jouant de la cythare zizi. Voilà comment entrent les bougres à Jack Jones. Cela est excitant. Je veux dire que la femme nue devant moi est excitante, ce qui excite ma cervelle, ce qui rend la situation excitante même si je dois la trouver un poil angoissante. Je ne suis pas du genre faible. Je ne suis pas du genre à prendre la vie vraiment au sérieux. Je ne suis pas vraiment un genre. Je ne suis pas vraiment.

— Sharon Stone… Elle est clitoris toute nue, et toi tu es là à regarder dehors avec ton Louisville Slugger?… Quel genre de connard es-tu?

Si un jour dans la vie je venais à vous rencontrer, auriez-vous la petite décence de ne pas me parler? Je hais les autres qui se mettent sans savoir à parler sans rien dire. La conversation est une éjaculation de moins. Le débat est une bière de moins. On devrait jouer la vie au dé. Comme cela le hasard serait de perdre et non de subir.

— Je ne suis pas dans le genre, je suis plutôt dans le geste. Je viens vraiment de faire la peau des fesses à Sharon Stone? Je suis excité comme un petit soleil dans les champs…

Puisque je trouve la remarque réussie, je me lève. En sous-vêtements, encore en érection. Je fais des arabesques ninjas avec mon Slugger. Ils sont trois. Je suis un. Si je me fais botter le train, au moins je vais avoir une classe superbement fantasque. Je donne des coups. Dans les reins, poumons, orteils. Ils se mettent à me rouer de coups. Partout, même dans le pancréas. Un des bougres me chatouille la gorge, avec un .45 tout neuf. Je suis mûr pour une visite à la plage sous le soleil pour mourir.

Je ne suis pas inquiet. La femme à Jack Jones se réveille. Me regarde, je souris comme un piano. Ils me font savoir que je vais passer la nuit la plus lanterne de ma vie. Je suis un peu sur les nerfs. Je saigne mes nerfs. Ils me prennent par le bras. On descend les escaliers. Sharon Stone nous suit. Je suis obligé de monter dans le camion. On va passer une moyenne nuit.

Dans le pick-up, je vois le ciel avec Bouddha qui se cache à quelque part là-dedans. Je pense à mon bébé, pas à Sharon Stone. Je pense à mon bébé avec Sharon Stone. Je suis encore bandé. Le moteur arrête. Mon coeur continue de battre. Plutôt absurde, je vous accorde cela, et ceci. Je me fais ligoté sur une chaise, dans un hangar. Je vois le ciel, mon bébé dedans. Je suis bandé comme un homme ligoté sur une chaise dans un hangar.